Musiqueretour

VISIONS, à 180 degrés

Du 4 au 6 août, la cinquième édition du festival Visions s’est déroulée à Plougonvelin, dans le Finistère. L’année dernière, c’était la première édition à se dérouler dans le cadre enchanteur du fort de Bertheaume et les retours extrêmement positifs mettaient la barre très haute. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’on nous avait promis une claque, on l’a bien reçu et la joue est toujours rouge.

Le festival Visions, c’est d’abord un lieu. Même s’il n’est utilisé que depuis la quatrième édition l’année dernière, c’est un atout indéniable. Quand, pour la première fois, on arrive en haut du théâtre de verdure qui accueille la scène 1 de Visions (ainsi que d’autres concerts aux beaux jours), il est difficile de ne pas avoir la larme à l’œil. Quand on aime les panoramas, celui-ci est magnifique : une vue dégagée sur la côte marquant l’entrée de la rade, jusqu’à la pointe de Pen-Hir et son tas de pois (pourtant distante de 10 kilomètres à vol d’oiseau) ; ce fort de Bertheaume, atypique la journée, majestueux la nuit ; la mer d’Iroise, à perte de vue ; la scène parfaitement intégrée au paysage. Au-delà de cette vue à couper le souffle, le site est parfaitement agencé, la circulation entre les scènes est fluide, les bars sont facilement accessibles. Le seul bémol est que la terrasse à côté de la scène 2 servant de coin chill face à la mer n’était plus accessible le dimanche. Mais là c’est du problème de riche. Ce qui est génial, c’est que le plaisir de jouir d’un lieu formidable ne se résume pas au site. Ok, le camping est en pente, mais quel bonheur de voir la mer en se réveillant, de pouvoir aller à la plage en 2 minutes et d’aller se restaurer en bord de mer en 15.

Aussi large que le panorama que nous offre la scène 1, il y a la programmation du festival. Pointu mais pas élitiste, cohérente dans sa construction et invitant à la découverte. Si la programmation était globalement assez dark, il y avait souvent des instants de fraîcheur pour équilibrer le tout. A l’image de Kate NV qui nous a sorti ses compos très dansantes dans la lignée de Grimes ou Sylvan Esso après la violence de Prurient. A l’inverse, mettre le doom très technique de Monarch ! en pleine journée avec en arrière plan, les voiliers de plaisance était un vrai pari. Mais ça a très bien fonctionné, les gens se sont posés sur les marches naturelles de la scène pour se laisser envelopper par les lentes déflagrations des bordelais.
Au pire, quand on en avait marre de danser, de se faire triturer les tympans ou de bouger la tête en accompagnant la rythmique, il y avait la Douch’Box pour faire un karaoké sur « Le Chasseur », « La Fille du Père Noël » ou « L’Amour à la plage ». Détail anecdotique, beaufferie ultime ? Au contraire, signe fort montrant que tout le monde est logé à la même enseigne car avant de prendre des chemins divers, la culture musicale de chacun s’est d’abord fondé sur ce type de standards. Sans compter qu’un peu d’humour ne fait jamais de mal. Puzupuzu, l’a bien compris, lui qui achève un set impeccablement maîtrisé (rappelant ce que peut faire un Gold Panda) par un remix de Booba sur fond de hardtek.

Visions, c’est l’éclectisme, le vrai, pas celui noyé sous un robinet d’eau tiède mais qui considère qu’une seule et même personne peut apprécier de taper du pied sur la techno de GareSud, danser sur les rythmes arabisants de Rizan Said, se faire retourner le ventre par les basses electrodub de The Bug ft. Miss Red!


Bouger sur l’énergie punk de Last Night ou ADULT., shaker son booty sur Deviant Disco ou se dépenser sur la dance musique agressive des Giant Swan.

Pas de logique de têtes d’affiches, tous les artistes sont logés à la même enseigne et peuvent bénéficier d’un son irréprochable (ce qui n’a pas empêché Noir Boy George d’avoir un son délibérément dégueulasse).

Tous les styles sont permis, comme peut l’illustrer Komplikation et son punk électro en clôture du vendredi soir :

La question dans ce genre de festival n’est pas d’avoir pu tout voir et/ou tout apprécié ce qu’on a vu, mais d’avoir fait de belles découvertes. Or pour la grande majorité des personnes présentes, le contrat semblait rempli.

Car pour qu’un festival d’un tel éclectisme fonctionne, il faut aussi un public largement ouvert d’esprit. Visions c’est aussi une ambiance d’une coolitude extrême. Le public va du surfeur au teufeur, du hipster au queer, du rocker au clubber, du gazier du coin au parisien, sans compter tous ceux qui justement ne rentrent pas dans une étiquette précise. Et tout ce petit monde est ouvert d’esprit, bienveillant, respectueux et a l’impression d’évoluer dans une fête géante organisée par des potes. Ok il y a de petits ratés mais est-ce qu’on engueule son pote quand il vous invite dans sa grande baraque de famille ? Non et bien là c’est exactement pareil, on se sent à la fois chanceux et responsabilisé, alors on prend les choses avec recul et on est invité à contribuer.

L’alchimie sur un festival est quelque chose de très délicat, quasiment aussi fragile qu’une alchimie amoureuse. Quatre ingrédients sont nécessaires : un lieu, un public une organisation et une programmation. Parfois tous les ingrédients sont réunis, la recette a bien été suivie et pourtant la mayonnaise ne prend pas. Dans ce festival où l’ouverture est de mise, cela prend sans peine.

Un des premiers groupes à passer lors de cette cinquième édition était Winter Family, couple franco-israélien (plus leur fille en guest star) qui, sur une base orgue/batterie/chant, sert une pop à la fois baroque et fragile, sombre et lumineuse. Tandis que le soleil se couchait, ses derniers rayons mourant sur la mer d’Iroise, le groupe avait fini son set sur une chanson où Ruth Rosenthal clame « Life is Beautiful ». Dimanche soir, Soft War clôturait de façon magistrale le festival par une techno rythmée et puissante, avec en toile de fond, une pleine lune scintillant sur l’eau. Et alors, à cet instant, après un week-end aussi riche, cette phrase entendue deux jours et quelques heures plus tôt nous revenait en tête.

Article écrit par Tanguy Le Hir,
Photos et vidéos par Valentin Chollet (Vidéo de Puzupuzu par Tanguy Le Hir).


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