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CONDOR, groupe hollandais le plus péruvien des cosmopolites bands.

On profite de l’interview pour vous parler d’une jeune asso qu’on aime beaucoup, Essuie ça vite et bien. Collectif de trois rennaises, elles ont déjà organisé au 1988 une soirée avec Judah Warsky et Doomsquad, le Blind test série au Hibou Grand Duc et le concert d’Infecticide et Da Bermuda au Bistrot de la cité. Vendredi dernier, elles récidivaient pour le plaisir de nos oreilles et du rire -toujours- en invitant Sydney Valette et le groupe hollandais CONDOR pour une soirée des plus mouvementée, au Marquis de Sade cette fois.

CONDOR donc, c’est ce groupe originaire de Den Haag qualifié ainsi : « On croirait entendre un DJ défoncé qui passe du new beat au dub africain pour se décider finalement à cutter avec de l’acid house mais sans pouvoir s’empêcher d’y mettre un vocal de Rn’b égyptien ». Ça ne pouvaient qu’éveiller notre curiosité!
Brechtj leur tourneur (remplacent Simar sur la photo) parlant couramment français et les ayant suivi pour cette date, nous a permis d’interviewer Vinny, Robby, Frederieke, Valentijn et Simar qui n’accordent d’habitude que peu d’interviews, et encore moins aux médias français. -Exclu New’s Lighters donc !-

CONDOR, un lien avec le nom d’oiseau ? La compagnie aérienne ?

Vinny : On aime bien les noms d’oiseaux oui, on trouve ça assez riche visuellement parlant. Et ça n’avait aucun lien avec la compagnie aérienne mais c’est vrai que c’est assez marrant, puisque notre histoire est beaucoup liée à l’idée de voyage.

Robby : C’est d’ailleurs au Pérou pendant un long voyage qu’on a sorti notre Pull it up et notre Krokro disque, deux tubes parus dans notre période prolifique. Il y a même eu un maxi, qui a été vendu à 500 000 exemplaires. Le souci c’est que dans ce voyage au Pérou il y a deux loustiques qui n’en sont pas revenus, on a été victimes de la secte du triangle d’or et ils se sont tués en sniffant de la coke et de la guarana, une drogue bio mais aux effets complètement destructeurs sur le cerveau. Ça les a tués, cérébralement parlant. […]

Vous êtes cinq, qui fait quoi ?

Vinny : Je fais du MPC.

Robby : Moi plutôt de la voix, et du synthé.

Frederieke : Moi je fais de la basse.

Simar : Je fais de la boîte à rythme.

Valentijn : Moi je fais du synthé et le chant. Mais Simar tu fais aussi les pochettes il ne faut pas l’oublier ! Car justement l’idée du prochain album serait de partir du produit disque et de fabriquer toute la musique qu’il y a autour. De faire un peu le système inverse des groupes qui essayent de se trouver une histoire et après de faire de la musique qui pourrait correspondre. Là on s’est dit on part du produit, un truc qui pourrait se vendre aujourd’hui, et on essaye d’imaginer ensuite la musique qu’on pourrait mettre dedans.

Comment vous vous êtes rencontrés ?

Valentijn : Dans un club gay… En fait Vinny y passait du son.

Vinny : Ouais j’étais dj à l’époque, et je continue toujours d’ailleurs, entre les tournées.

Valentijn : Moi je connaissais déjà Robby des études, et il y a eu cette fameuse soirée où il avait fait une coloration blond platine juste avant et où ça lui avait complètement cramé la peau, ça devait être des produits hyper nocifs donc on cherchait un genre de pommade, il avait vraiment la peau complètement irritée et là Frederieke avait de la pommade je crois donc on a sympathisé. C’est tout un tas d’interactions hasardeuses pendant une soirée qui ont la base de notre rencontre. La crème, la musique, les pds. Et enfin, on vient d’une génération qui se revendique corse, on a un intérêt commun pour cette région.

 Simar : Oui mais Corse du sud.

Dans quoi est-ce que vous puisez l’inspiration ?

Valentijn : Dans la diversité des influences. On a évoqué la Corse du sud mais c’est vrai qu’on n’en avait encore jamais vraiment parlé jusque-là.

Robby : Tous les chants polyphoniques corses par exemple. On en est arrivé à la flûte de pan parce que Vinny fabrique aussi des instruments de musiques et on a voulu créer des polyphonies en s’inspirant de tout le corpus musical corse qui est quand même assez revendicateur. C’est pour ça qu’on voulait s’inventer une histoire de péruviens à nos débuts, et puis on s’est fait avaler, la musique péruvienne n’est pas très vendeuse en Europe. Donc on a décidé d’assumer nos origines hollandaises.

Vinny : Et puis on ne pouvait pas complètement renier notre public hollandais donc on est un peu obligé de leur servir des trucs new beat.

Valentijn : Et il faut le dire, il y a quand même 3 bègues sur 5 musiciens donc on est de fait extrêmement reliés à la musique répétitive, avec des bonnes percussions bien frontales et tout l’héritage de la musique hollandaise des années 90.

Simar : D’ailleurs des fois je me mets à bègueyer aussi, à force de traîner avec des bègues.

Vinny : Et des boîtes à rythmes !

Un titre : une langue différente. Est-ce qu’on peut vous qualifier de groupe le plus cosmopolite ?

Valentijn : Je préfère le terme World.

Robby : Moi la plupart de ce que je chante c’est plutôt une langue d’Amérique du sud.

Vinny : Mais c’est très universel.

Robby : Oui mais au départ je me suis beaucoup intéressé aux langues un peu oubliées d’Amazonie etc, mais il n’y avait pas tous les mots non plus pour tout ce que je voulais exprimer.

Simar : C’est de l’esperanto, un état d’esprit. Une contre langue de l’esprit pour être exacte, qui pour le coup devient universelle.

C’est une question un peu difficile à aborder mais est-ce que vous pourriez nous expliquer un peu plus en quoi consiste le renouveau triangle ?

Valentijn : C’est une secte. Mais c’est sûr que c’est assez présent dans le groupe. En fait Roosje, un ancien du groupe a pris beaucoup trop de guajana et est resté bloqué. Dans cette secte ils sont déterministes, leurs membres passent leur temps à appuyer sur deux boutons, pour changer le court de leur action. Ce sont des gens qui tourne en boucle en fait.

Robby : Même si c’est triste à dire c’est quand même quelqu’un qu’on a assez vite remplacé par des machines. Amicalement c’est difficile, il faut bien se rendre compte qu’on a quand même du les abandonner là-bas, et qu’une bonne partie de l’argent des tournées sert à payer leur hôpital psychiatrique au Pérou donc c’est très dure moralement et physiquement pour nous.

Vous avez fait quoi pendant vos 15 ans d’absence ?

Valentijn : On a mis du temps à se remettre de cette histoire. Vinny était au RSA. Mais chantait également.

Vinny : Oui et je chante toujours dans des chorales, mais plutôt indé. Ça fait partie de l’esprit de la hollande. Faire du neuf avec du vieux.

Frederieke : Oui enfin ce n’était pas très glorieux non plus, on était juste à Belfast.

Robijn : Moi je suis prof de techno.

Simar : Moi j’étais dj dans des boîtes.

D’où proviennent les images de vos clips ? Qui les monte ?

Vinny : C’est un genre de pratique du quotidien, essayer d’archiver et de créer ensuite. J’ai un ordinateur, et en tournée je me balade dans les marchés en essayant de faire des photos généreuses. Montrer le monde, tel qu’il est aujourd’hui.

Vous gardez quelle image des 90’s en hollande ?

Vinny : Je ne me souviens plus.

Simar : Oh si, c’était les plus belles années je trouve.

C’est quoi votre groupe hollandais préféré du moment ?

Robijn : Flutbur.

Valentijn : Ouais enfin ça on n’est pas tous d’accord, c’est un sujet de discorde.

Frederieke : Je dirai plutôt Vautour. On a un peu commencé ensembles en fait.

Quel groupe chiant pourrait faire –condor- en concert ?

Frederieke : Vautour, paradoxalement.

Un dernier mot à ajouter ?

Robijn : « Que yo condoro si me destuyo » : Qu’on dort si je faiblit.


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