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Interview Crayon

L’interview de Crayon, étoile montante de la scène électronique française

Lors de leur passage à l’IBoat à Bordeaux, nous avons pu, en collaboration avec Start’It, interviewer Crayon et Yuksek. Nous commençons donc par ce premier, pour qu’il nous parle de sa musique, de ses projets et de ses ambitions.

Give-You-Up-EP

Partie sérieuse

SI : Start’It / NL : New’s Lighters

SI : Salut Crayon, alors première question par rapport à ton entrée dans le label de Yuksek « Partyfine ». On a vu qu’il a décidé de s’entourer d’artistes qu’il aimait beaucoup, dont toi, pour créer une sorte de famille. Est ce que c’est ce choix là qui a été déterminant pour toi dans l’idée de participer à ce projet ?

Crayon : En fait non, parce qu’au départ quand Yuksek a créé le label on se parlait déjà Pierre et moi depuis quelques mois, et c’était encore une idée abstraite pour lui. Il n’avait pas de team en tête, il a fait ça sur le coup. Il a eu l’idée, il a commencé à réfléchir au nom, il m’a demandé si j’allais être chaud, et j’ai même remixé un morceau qui n’est jamais sorti, bien avant que PartyFine n’existe, qui était un side project des Bewitched Hands. En fait j’ai rencontré Pierre avec Kitsuné, et ça s’est fait de manière assez organique. Je l’ai suivi parce qu’il s’appelait Yuksek, ça m’a suffi comme argument. Quand tu as 20 ans, c’est bien Kitsuné mais c’est qu’un tremplin.

NL : Parce que Kistuné ne te proposait pas de rester avec eux ?

Crayon : Si si bien sûr, mais ça été un choix pour moi. J’aurais pu continuer chez Kitsuné, mais Pierre avait l’air sûr de lui et assez inspiré sur le projet donc ça m’a interessé de le suivre. Il y a plus un côté musical chez PartyFine alors qu’avec Kitsuné, il n’y a pas de studio où tu peux jouer tout le temps.

SI : Donc pour toi PartyFine ne représente pas pour toi un tremplin mais plutôt une finalité ?

Crayon : Voilà exactement, très bien résumé.

NL : Dans la description qui est faite du label sur votre page Soundcloud, le premier mot qui vient est le mot indépendance. Est ce que c’est quelque chose pour toi qui était primordiale dans le choix de ce label ?

Crayon : J’aurais pu faire ma musique dans d’autres labels, parce que je ne suis pas passé de la house à la polka tu vois ! Mais d’un autre côté ce qui m’a plus avec PartyFine, c’est le fait que Pierre soit un vrai musicien qui fait de la musique de la même manière que moi. Il pouvait donc me conseiller au mieux. Ca a l’air un peu péjoratif comme ça pour Kistuné, mais ça n’est pas le cas, ça été vraiment mortel avec eux et ça a été une chance incroyable pour moi. Mais oui c’est cet aspect plus artisanal, indépendant qui m’a orienté vers PartyFine. Je pense que n’importe quel artiste, surtout dans la période où l’on est, recherche ce genre de projet, que ça soit dans le monde de la musique ou dans l’audiovisuel. C’est un schéma que l’on retrouve de plus en plus.

NL : Et donc Yusek a été présent dans la conception de ton EP ?

Crayon : Non pas vraiment parce que je suis vraiment un bedroom producer, je créé dans mon petit appartement, avec deux enceintes, mon petit synthé, un petit ordi. Par contre, une fois fini, ça été cool de pouvoir l’amener et l’écouter en studio, avec du bon matériel, parce que chez moi si je mets le son un peu trop fort, mes voisins vont me défoncer tu vois. Et ça a été cool d’avoir l’avis de personnes qui sont dans le milieu depuis dix/quinze ans alors que toi tu viens d’acheter Ableton dans l’idée de faire de la musique.

SI : Et justement, quel type de matériel as-tu ? Avec quoi tu fais tes productions ?

Crayon : Pas grand chose en fait. J’ai Ableton neuf, un Mac pour que ça tourne vite, un clavier et une guitare parce que ce sont des sons organiques que tu peux ne pas recréer. Mais sinon j’ai jamais eu le culte d’acheter un synthé de ouf, j’en ai rien à faire, le matériel que j’ai sonne bien assez bien pour moi. Je veux vraiment pouvoir avoir un rendu chez moi, pour que je puisse m’y mettre à quatre heures du matin pour finir un morceau que j’avais commencé ce matin dans le train. Je ne pourrai pas avoir un studio hors de chez moi et tout ce genre de contrainte. Moi ce que je veux, c’est pouvoir me lever à poil et commencer à jouer.

SI : Donc tu fonctionnes vraiment sur du court terme ? Tu mets pas des semaines pour faire un morceau.

Crayon : Jamais oui. En fait c’est comme faire un dessin, j’essaye de pas avoir de vie sociale autour de moi et je me dis que j’ai dix/quinze heures devant moi pour aller au bout d’une idée. Si au bout de trois heures, j’y arrive plus, j’en fais une autre, sinon ça peut amener à quelque chose.

NL : Sur ton EP, tu as fait un featuring avec KLP. Comment ça s’est passé, tu la connaissais déjà, vous vous étiez déjà rencontrés avant, elle t’a été suggeré ? 

Crayon : Non en fait elle avait fait un morceau, mais ça remonte, avec DCup. A l’époque je m’intéressais beaucoup à toute cette scène Nu-Disco australienne, avec Miami Horror, Cassian, Shazam, Bag Raiders, et KLP bossait avec ces mecs là. Du coup je l’ai contacté sur Twitter, on s’est fait un Skype, et elle m’a envoyé un truc le lendemain. Et c’est Yuksek qui a mixé sa voix, parce qu’en fait elle m’a envoyé cinquante pistes de voix, et moi je savais pas trop comment faire. Donc Pierre m’a renvoyé une belle acapella, je l’ai mise sur l’instru que j’avais faite chez moi et on a finalisé le tout à Reims en studio; et on suivi les remixes que tu connais.

NL : D’accord ! Et tu as pu faire un live avec elle ?

Crayon : J’aurais aimé oui, mais elle habite en Australie… On s’est jamais rencontré physiquement. Après soit je fais un live, ce que je compte faire à terme, où je vais rejouer de mes instruments devant un public, soit je fais un Dj Set et là les possibilités sont limitées. Être Dj c’est un autre métier, que j’adore aussi, mais on fait pas la même chose.

NL : Tu parlais tout à l’heure de Shazam ou encore des Bag Raiders comme faisant partie de tes influences. A partir de quand tu t’es décidé de te rattacher à ce genre de musique ? 

Crayon : C’est intéressant parce que j’ai commencé à écouter un genre de musique que je ne veux plus écouter ni jouer. Depuis que j’ai 4 ans, j’écoute du Michael Jackson et à partir de mes neuf/dix ans, je me suis mis à écouter mes premiers morceaux House en achant en même temps Discovery des Daft Punk et l’album d’Usher à l’époque produit par The Neptunes.

SI : C’est pas vraiment de la House ça.

Crayon : Non non, je veux dire que ce sont des sonorités que j’ai découvert plus tard, des sonorités chaudes tu vois. Pour le R&B, ça va être les mêmes sonorités avec un beat différent. Inconsciemment, c’est un truc qui depuis que je suis petit grandi, et que j’ai retrouvé en écoutant Shazam sur Soundcloud. Shazam est vraiment quelqu’un qui m’a beaucoup marqué, tout comme BreakBot parce qu’il a redonné un souffle à des choses qu’on avait pas vues depuis des années. Le renouveau de la French Touch me parlait trop pour que je n’en fasse rien. Je savais pas jouer mais j’ai quand même commencé à bidouiller des trucs et ça été un style dans lequel j’ai longtemps évolué, comme chez Kitsuné. Mais maintenant, j’en suis revenu et c’est pour ça que j’ai passé une année très peu prolifique. J’ai fait des sons et j’ai cherché un style qui maintenant peut être celui dans lequel je vais évoluer dans les prochaines années. Ce sont des cycles en fait, et ça je ne l’avais pas du tout prévu quand j’ai commencé.

SI : Tu veux dire que tu veux te détacher de tes influences R&B/House ? 

Crayon : Bien sûr, je commence à le faire maintenant ! C’est toujours les mêmes genres, mais qui sont travaillés différemment. Pour moi aujourd’hui la Nu-Disco est morte…

SI : Banalisé ?

Crayon : Si tu veux les personnes qui faisaient ce genre là en font autre chose.

SI : Donc toi tu voudrais arriver à faire autre chose, sans utiliser d’influences passées ? 

Crayon : Essayer de faire ma musique, exactement !

SI : Parce que j’ai l’impression qu’on est dans une période où l’on est tourné vers le passé; en ce moment ce sont les années 90 qui sont à la mode, que ça soit la R&B et la House, ce sont toujours ces influences Disco/Funk qui reviennent. 

Crayon : C’est pas tellement une question de genre, c’est plus ton son qui fait ça. Quand tu écoutes du Lone, il fait du Lone. C’est à dire qu’il peut passer de la House au Hip Hop, il fait toujours son genre. Et c’est ça qui est important, c’est à dire que quelque soit le genre musical dans lequel tu t’inscris, tu vas avoir ta musique, tes émotions. Je fais pas un Shazam ou un Daft Punk, je fais du Crayon.

SI : Mais en même temps tu restes quand même attaché à certaines influences ?

Crayon : Bien sûr ! Mais au bout d’un certain moment tu les as tellement digérées que tu peux très bien décider de copier toute ta vie, parce que tu es obligé de commencer par copier sinon tu seras jamais orginal dans ta vie. Mais si tu restes dans cette logique, tu ne feras que suivre tout le temps, et moi je peux plus me contenter d’arrangements ou de sonorités qui me rappellent trop quelque chose que j’ai déjà écouté, déjà joué. J’ai besoin de faire quelque chose de plus frais, et de me sentir stimulé par ça. C’est ce que font des labels comme Roche Musique par exemple, en amenant quelque chose qu’on connait déjà d’une nouvelle manière, qui sonne fraiche dans tes oreilles.

SI : Apporter une singularité à ce qui existerait déjà non ?

Crayon : Exactement ! Et que tu as apporté toi, avec tes recherches et tes influences, et que je ne pourrai jamais renier parce qu’elles font partie de toi ! Mais ça ne représente qu’un cinquantième de tout ce que je fais et ce que je peux mettre dans ma musique.

NL : D’accord ! Et concernant tes futurs projets, quels sont-ils ? Tu parlais de live tout à l’heure ? Tu vas encore sortir des EP ?

Crayon : Oui dans un premier temps, parce que sortir un live quand tu as sorti deux remix en un an c’est un peu court ! Je bosse beaucoup d’originaux parce que j’ai été beaucoup solicité pour des remix, et j’adorais faire ça !

NL : Ce qui t’a d’ailleurs permis de te faire connaitre !

Crayon : J’aurais pu me faire connaitre en faisant des originaux mais je prenais tellement de plaisir à les faire. C’est un travail complètement différent, et c’est grâce à cet exercice que tu construis ton son et que tu prends tes automatismes. Finalement en faisant des remixes, tu ne t’appropries pas les morceaux orginaux si tu n’as pas commencé par faire tes orignaux. Donc j’ai arrêté les remixes et je me suis concentré sur les orginaux pour sortit un gros EP qui devrait arriver en début d’année prochaine. Je vais surement sortir gratuitement quelques morceaux que j’ai fait dans l’année et qui n’ont pas vu le jour; parce que j’adore voir qu’un morceau que j’adore sur Soundcloud soit en téléchargement légal. Les morceaux dont je suis le plus fier sortiront avec une belle pochette et tout ce qui va avec mais en tout cas je vais redevenir prolifique comme avant, ça me manque énormément. Et avec ça, j’aurais la légitimité de faire un live, parce que j’espère que les gens viendront me voir pour écouter mes productions et plus pour me voir en Dj Set. Je prends tellement de plaisir chez moi à jouer d’un instrument que je me ferai un live avec un ordinateur pour rajouter des beat, un pad… J’y ai pas encore trop réfléchi, mais ça se fera naturellement.

NL : Et tu as déjà des idées de collaborations pour tes futurs projets ? Avec BreakBot par exemple ? 

Crayon : Je connais un peu BreakBot, mais je ne ferai jamais de la musique avec lui.

NL : Ah oui, pourquoi ?

Crayon : Je pense que ça donnerait pas une super sauce.

SI : Pourtant vous partagez les mêmes influences !

Crayon : Non… J’adore Thibault mais pour moi c’est générationnel. On n’a pas grandi à la même époque, on n’aura pas les mêmes attentes. J’ai énormément de respect pour lui parce que c’est lui qui m’a donné envie de m’engager dans cette voie là mais…

SI : Justement ça pourrait être intéressant de mixer vos deux styles non ? 

Crayon : C’est une conversation que j’ai eu avec lui en Août dernier, où je lui disais que c’était pas une histoire de vivre avec son temps mais que tu devrais même plus être excité par les mêmes choses. Par exemple quand j’ai fait mon remix de « Memory » pour Magician, oui à l’époque je m’inspirais beaucoup de BreakBot en utilisant les mêmes ryhtmes, les mêmes pianos, mais ça ne m’amuserait plus de le faire aujourd’hui. Je dis pas qu’il se résume là dedans, encore une fois ça peut paraître négatif, mais pas du tout. Moi des mecs avec qui je rêverais de travailler, ce sont des personnes comme Lone, Four Tet, ou encore Chris McClenney tu connais ?

NL : Alors là, pas du tout…

Crayon : C’est toute la vague des gars de Soulection, HW&W le label de Kaytranada… Sauf que ce mec là, en plus d’être hyper inspiré par la Neo-Soul, il chante par dessus… Ou encore Jamie XX ! Des mecs qui se sont jamais mis de limites sur leur musique et se sont jamais enfermés dans un style particulier sinon le leur. Et je trouve ça fort, ça m’a vraiment marqué, plus qu’une vague électronique.

NL : Et comment vois-tu ta musique à long terme ? Est ce que, à l’image de BreakBot tu irais plus sur des morceaux accompagnés par des chanteurs ou plutôt sur des morceaux purement instrumentaux ?

Crayon : Les deux en fait. J’aime bien l’héritage laissé par le Pop et la Nu-Disco du système de couplet-refrain avec une chanteuse. Après un morceau qui tient, sans voix, c’est un morceau qui défonce. Si t’arrives à rentrer dans quelque chose d’assez mélodique, d’assez prenant, ça me va et c’est ça que j’essaye de faire aussi. De toute façon, dans les deux cas ça commence pareil, c’est à dire avec rien et après je vais réfléchir à la structure du morceau avec une voix. Mais j’aime bien faire des chansons entières, oui, et je pense que je le ferai encore plus tard. Et puis pas mal de gens se reconnaissent que dans un format de trois minutes quinze, avec un couplet, un refrain et un bridge…

SI : Pour passer à la radio quoi !

Crayon : Oui et en même temps on l’a tous vécu ce format ! Tu bosses un son et à un moment tu te dis « Je pourrais faire un refrain, ça serait même plus facile » pour changer, plutôt que de réussir à faire un morceau prenant qui dure cinq minutes. C’est deux écoles, et je fais les deux.

Partie moins sérieuse

NL : On sait que tu as du mal avec les avions, que tu qualifies de « cerceuil volant », et du coup on se demandait si tu sentais à l’aise ici à l’IBoat, qu’on pourrait très bien qualifier de « cerceuil flottant » ?

Crayon : C’est vraiment marrant parce que la dernière fois que j’ai joué là en Août dernier à la soirée Dare Night, j’ai eu le mal de mer comme jamais… Reda (le président de The Dare Night) est venu me voir sur le ponton avant mon Dj Set, et j’étais comme un gamin en train de cracher dans l’eau tellement je n’étais pas bien ! (rires)

SI : Donc si un avion c’est un cerceuil volant, que serait l’IBoat ?

Crayon : Un cerceuil flottant, comme tu disais ! En même temps non pas vraiment, parce qu’il y a le quai juste à côté. Ce qui me gène le plus dans l’avion, ça fait de moi un énorme trouillard, c’est que tu as le plancher (il regarde par terre) et les vaches ! C’est exactement la même raison qui fait que je ne pourrai jamais aller dans l’espace, même si on m’offrait la place, alors que c’est une de mes plus grandes passions. On est dans un avion, le mec c’est fini, tu es à quarante cinq mille kilomètres au dessus du sol et il suffit qu’il y ait n’importe quel pigeon qui finisse dans le réacteur… J’exagère en disant ça, mais je trouve ça dingue que quelqu’un ait eu l’idée qu’un jour on volerait aussi haut.

SI : Imagine qu’à quatre heures du matin l’IBoat se retrouve à 50 miles de la côte. Dans ce cas là tu fais quoi ?

Crayon : Je pète un cable ! (rires)

SI : T’arrêterais de mixer ? 

Crayon : Non en fait j’ai appris à me contrôler quand je suis vraiment en colère, parce que je suis un peu impulsif par moments, par respect du public qui vient me voir. Ca te coute plus à toi au final qu’à la personne que tu as voulu emmerder. C’est comme quand tu es au restaurant, tu payes quand même mais après tu gueules un coup. Donc je finirai mon set mais je me ferai payer le triple parce que ces mecs auront mis ma vie en danger et que je déteste être sur un putain de bateau.

NL : Et si le bateau tangue, tu continuerais toujours à mixer ? 

Crayon : Ah par contre si je commence à être vraiment pas bien, non j’arrête ! (rires)

SI : Imagine toi dans le même format que Titanic… (rires)

Crayon : Le pire cauchemar de ma vie !

SI : … Les musiciens jouent pour apaiser la foule. Qu’est ce que tu jouerais en dernier, au moment où l’IBoat coulerait ?

Crayon : Tu sais que j’ai déjà pensé à ça et je me suis toujours dit que j’avais pas de playlist pour ce genre de situation (rires). Non mais c’est vrai, je me suis toujours dit qu’on était dans l’espace, il y a des comètes tous les jours, un plan à la Dinosaure tu vois ! Et je me disais que je n’avais pas de playlist, genre avec du Kaytranada !

SI : Je voulais juste un morceau, pas une playlist ! Donne nous un morceau comme ça, sans réfléchir !

Crayon : Du Joy Division ! Un truc hyper funeste.

SI : Ah ouai ? Tu voudrais pas mettre un peu d’ambiance ? (rires)

Crayon : Bah non, on va mourir (rires) ! Tu vas pas être heureux à propos de ça, on va mourir !

SI : Tu es plutôt terre à terre en fin de compte ?

NL : Etant donné qu’il va couler…

Crayon : Oh le jeu de mot (rires) !!! Non pragmatique on va dire ! Vous allez mourir, je vais pas faire genre que tout va bien… ce qui m’énerve un peu d’ailleurs. A un moment c’est la merde c’est la merde, faut vivre avec et mettre un son qui montre bien ça.

SI : D’accord. Maintenant une question qui n’a rien à voir ! C’est quoi ton morceau préféré de Corneille (rires) ? Parce qu’on sait que c’était ton premier concert alors… 

Crayon : Franchement je trouve que c’était pas dégueulasse ! C’était classe !

NL : Tu étais dans la fosse, tout devant ? 

Crayon : En fait Konbini m’ont coupé au montage, où j’expliquais que mon beau père bossais pour la maison de disque Wagram comme directeur Marketing. C’est d’ailleurs comme ça que je me suis éveillé à la musique très jeune. Donc son travail consistait à être à ce genre de concert, la plupart tout pourris, mais c’était son travail, jusqu’à ce qu’il décide de faire autre chose. J’avais dix ans, et comme tous les enfants de cet âge, je m’intéressais à la musique dans un sens très large. Mais oui j’aimais bien quoi, c’était un peu Soul, il faisait pas non plus de featuring avec La Fouine ! Ce qui est génial quand tu as dix ans, c’est cette innocence d’écouter…

SI : … n’importe quoi… (rires)

Crayon : … d’écouter en même temps du David Bowie et du Tryo tu vois ! Tu as dix ans, tu en as rien à foutre !!

NL : Et tu as pu avoir un autographe de Corneille du coup ?

Crayon : Ah mais on était pote ! J’ai eu bien plus qu’un autographe parce qu’il dînait à la maison ! (rires)

SI : Et tu avais dix ans en quelle année ? (rires)

Crayon : J’ai maintenant vingt trois ans donc ça doit faire… Je suis très mauvais en maths…. 2001 !

SI : Qu’est ce que tu penses de l’Eurodance ?

Crayon : Il y a un côté que j’aime bien ! C’est pas vraiment l’Eurodance directement mais plutôt l’héritage laissé par des personnes comme Surkin, qui lui incarnait pour moi l’Eurodance 2.0. On a tous écouté « White Knight Two », et je suis désolé, mais pour moi c’est de l’Eurodance ! Ce sont des sonorités rave un peu dégueulasses mais émotionnellement il se passe quand même un truc. Il y a des genres complètement moches d’où sortent des morceaux mortels ! Ce n’est pas une question de genre malheureusement.

SI : Enfin quelqu’un qui aime l’Eurodance ! Personnellement j’aime beaucoup ce genre musical et je trouve peu de gens qui partagent mon avis !

Crayon : En fait ce que tu aimes là dedans c’est que ça soit de la musique un peu naïve, il y a des harmonies…

SI : Et ça tabasse un peu quand même !

Crayon : Ça tabasse même beaucoup !

SI : Autre sujet, c’est quoi ton Pokémon préféré ? 

Crayon : Bulbizarre, comme ça, du tac au tac ! En fait je suis le seul gamin à dix ans qui n’a pas eu de choix à faire face aux trois Pokéball. Je sais pas, il s’est passé un truc… J’ai regardé les trois et je me suis dit « C’est lui que je veux! ».

SI : Oui en fait, tu as appuyé sur A sans savoir ce que tu faisais ! (rires)

Crayon : Oui voilà ! Mais quand j’ai refait le jeux dix sept fois, parce que quand tu es petit et que tu tombes là dedans tu ne fais que ça, je me suis rendu compte que Bulbizarre était le meilleur pour finir le jeu ! En fait c’est par niveau : Carapuce c’est le facile,  Bulbizarre c’est le moyen et Salamèche c’est le plus dur.

SI : Parce que le premier dresseur que l’on doit combattre a des Pokémons de type Roche ! (rires)

Crayon : Voilà ! Du coup tu le défonces avec la Plante !

SI : En tout cas c’est le première fois qu’on me dit que son Pokémon préféré n’est pas Dracaufeu ! 

NL : Oui parce que tu as dû être dégoûté quand tu as vu que la dernière évolution de Bulbizarre était Florizarre ! 

Crayon : Non parce que j’avais déjà défoncé tout le monde ! Et j’avais essayé avec Dracaufeu et au bout de dix minutes je me faisais chier ! Parce que oui il y a le premier dresseur Roche mais après il y a la Grotte, avec plein de Racailloux ! Et tu es là avec ton pauvre Salamèche qui n’a que flamme…

SI : C’est pour ça qu’il faut un petit Férosinge pour… Non j’arrête ! (rires)

Crayon : Non mais en plus je suis vraiment incollable en Pokémon !

NL : Mais tu continues toujours à y jouer ?

Crayon : Non mais tout à l’heure j’étais à la Gare Montparnasse, j’ai raté mon train du coup j’étais en avance pour celui d’après, et j’ai vu le Micromania… J’étais à deux doigts d’aller m’acheter la DS avec le dernier jeu Pokémon ! Et j’ai vraiment envie de l’acheter, parce que ça doit faire sept ou huit ans que j’ai lâché ça, et maintenant ça a l’air d’être un truc de ouf !

NL : Mais tu n’as pas l’impression que c’est allé trop loin les Pokémon quand on voit ce que c’est devenu ? 

Crayon : Si, et surtout pour les noms ! Ils nous prennent vraiment pour des saucisses (rires) ! Version rouge fluo !! Chaleur de rouge… Mais en même temps ça a l’air de marcher !

NL : Et tu as suivi Yo-Gi-Oh ?

Crayon : Non parce que c’est arrivé à un âge où j’ai découvert d’autres choses plus intéressantes, comme le sexe ou la drogue. J’avais quatorze/quinze ans !

SI : Personnellement je préfère Yo-Gi-Oh à la drogue mais bon… (rires)

Crayon : Tant que tu ne dis pas ça pour le sexe, ça va !

SI : Passons au quizz maintenant ! Vrai ou faux, James Brown a fait de la prison pour cambriolage ?

Crayon : Si tu me poses la question c’est que ça doit être vrai !

SI : Pas forcément, ça peut être un piège !

Crayon : Bon je vais dire que c’est vrai ! Je pense que Brown a du faire des trucs un peu…

SI : Et oui, bien vu !

NL : Maintenant vrai ou faux, Barry White a violé sa voisine ?

Crayon : Faux !

NL : Bah c’était vrai …

Crayon : Arrête… (rires)

NL : Non je déconne.

Crayon : C’était un bon gars Barry White !

SI : De toute façon, même si c’était vrai, on ne le saurait pas ! Parce qu’il est mort en héros !

Crayon : Bah oui en plus !

NL : Oui mais je pense que toutes ces chansons d’amour cachent quelque chose ! 

SI : Peut être !

Crayon : Peut être qu’il était impuissant !

NL : Mais tu as écouté du Barry White ? 

Crayon : Ah oui carrément ! Un bon Love Theme, un bon peignoir… J’en écoute pas tout le temps, mais j’aime beaucoup !

NL : En parlant de lover, est ce que c’est plus facile de choper quand on s’appelle Crayon ?

Crayon : Oui ! Après là j’ai une copine… C’est même pas en s’appelant Crayon, mais c’est plus facile dans le sens où tu rencontres plus de monde ! Après oui c’est quand même plus facile, évidemment.

NL : Autre sujet, tu es allé voir Eden au cinéma ? 

Crayon : Non.

NL : Pourquoi ? Ça ne te tentait pas ?

Crayon : Parce que ça m’emmerde ! Je déteste le cinéma français, mais vraiment.

SI : C’est quand même un film qui prend à contre pied le cinéma français contemporain non ?

Crayon : Oui mais au final, de ce que j’ai entendu, ils ont fait exactement ce à quoi je m’attendais, c’est à dire la même chose mais à contre pied. Tu crois que c’est un film sur la French Touch mais en fait c’est un film d’auteur français à la con. Déjà je regarde très peu de films comme ça. Si je regarde un film, c’en est un qui va me servir, au niveau d’ambiances qui vont m’inspirer… Ca va être hyper cliché mais comme je suis pas du tout cinéphile, je me mets devant un film avec ma copine comme Conctact, ou un Total Recall, ou un David Lynch, qui fait que juste après j’ai envie de prendre mon piano. Mais je vais pas matter un film comme ça qui a l’air chiant ! En plus j’adore les documentaires, j’en regarde plein, et je préfère en voir un sur l’époque plutôt qu’un film sur la soeur d’un mec qui a raté sa carrière et dont on a rien foutre. Faites un film sur Alan Braxe, sur des mecs qui ont fait partie de cette scène ! Alan c’est quelqu’un qui a été avec les Daft Punk, il a fait des tubes, et qu’on ne retrouve pas aujourd’hui dans les médias. Mais faites pas un film sur quelqu’un dont on a jamais eu rien à faire ! Ce film m’énerve, voilà.

SI : Je suis d’accord avec toi sur le concept, mais je l’ai vu et franchement j’ai bien aimé !

NL : Et c’est pas une référence… (rires)

Crayon : Non mais là on est sur le débat de pourquoi tu vas voir un film ! Si tu as passé une heure et demi sympa, tant mieux ! Par exemple, je suis allé voir Interstellar, j’ai passé deux heures géniales parce que j’étais dans mon siège, je trouvais ça très bien. Une fois le film fini, j’ai réfléchi et je me suis dit « En fait c’était de la merde! » mais quand je l’ai regardé, j’ai passé un bon moment.

NL : Et une collaboration Crayon/Hanz Zimmer, ça te plairait ou pas ?

Crayon : Grave !

NL : Et de faire la BO d’un film? Un petit film indépendant américain, un David Fincher ?

Crayon : Mon rêve. En fait une de mes premières idoles transmusicales à part Michael Jackson c’est Vladimir Cosma avec La Boum, L’étudiante… Tous ces trucs cheezy que tu ne peux te permettre que pour un film ! Il y a tellement de films où la musique est nulle, et rien qu’en mettant de la bonne musique, ils auraient pu faire quelque chose de meilleur. Je suis casanier, donc ça va bien avec ma personnalité de faire de la musique pour des films et pas pour des clubs. C’est mon but ultime dans ma vie.

NL : Et quel serait pour toi le film qui possède la meilleure BO ?

Crayon : Il y a deux types de BO. Par exemple j’ai halluciné sur celle de Virgin Suicide (réalisée par Air) parce que c’est impressionnant d’avoir composé des chansons comme ça qui en dehors du film restent aussi incroyables. Sofia Coppola a toujours eu ces idées de Post-Punk, de New-Wave, de genres assez obscures avec beaucoup de décalages avec ses films, et ça j’adore. Après encore un peu cliché, mais une BO comme celle d’Orange Mécanique, où à une époque ou le synthé existe à peine, ces mecs vont créer toute une ambiance qui marque le début de Sound-Design synthétique… Et Total Recall aussi !

NL : Ta dernière claque musicale ?

Crayon : Pomo ! Sur son dernier EP il y a un son qui s’appelle « On My Minds »… C’est du Jamiroquai ! Ca m’a redonné l’amour du groove hyper funk avec une grosse ligne de basse moins deep mais toujours avec beaucoup d’ambiance et très profond.

NL : Tu peux nous en dire un peu plus sur lui ? Parce que personnellement je n’ai jamais entendu parler de lui.

Crayon : Il est sur HW&W, le label de Kaytranada, il est arrivé il y a quoi, un an/un an et demi ! Il a un peu un son à la Lone, assez jazzy, avec des progressions et des ambiances un peu ambiguës. Et sur son EP qui vient de sortir, il y a un côté BreakBot mais très futuriste, comme si BreakBot et Disclosure avaient fait du son ensemble. Je dis ça de manière très générique pour que tout le monde comprenne mais en fait c’est beaucoup plus subtil que ça ! Et je sais que dans mon petit cercle, on est pas mal à écouter ça.

J’ai une envie de pisser… Comme un fou (rires)

SI : Ah bah on va finir alors ! Sur une question qui me tracasse vu ton univers Disco… Claude François ou Cerrone ? 

Crayon : Claude François !

SI : Et pourquoi ?

Crayon : Parce que Cerrone c’est un peu de la merde ! (rires)

SI : Oh la, oh la…

Crayon : Après sur la période Disco, oui je préfère aller danser sur un Cerrone ! Mais la musique qui me touche le plus c’est Claude François tu vois ! Et tu savais que Thomas Banglater (moitié des Daft Punk) avait samplé Claude François dans son morceau « Colossus » ? Je m’en suis rendu compte en regardant Cloclo au cinema. Claude François ça sonne, il y a un truc qui tape ! Même Cerrone a fait des premières batteries de House mais il n’y a pas cet héritage un peu classieux qu’a pu apporter Claude François. Cerrone avait un côté plutôt ricain dans sa vie, et ça s’est exporté.

SI : Claude François a copié K.C & The Sunshine Band non ?

Crayon : Il a fait comme tous les trucs Pop de l’époque ! Même les Beatles reprenaient des standards de Buddy Holly.

SI : Est ce que ce n’est pas Cerrone qui apporte la virtuosité française et Claude François qui apporte la vulgarité américaine ?

Crayon : C’est l’inverse pour moi ! Et d’ailleurs les grands ricain, comme Frank Sinatra et Paul Anka, ont repris du Claude François. C’est lui qui a apporté un peu de cette classe française à la vulgarité américaine. Et Cerrone dans cette liste, il est des kilomètres derrière. Et je pense même que lui-même le dirai, il est même pas dans cette course là ! Tu imagines, être repris par Frank Sinatra, par Paul Anka ?! C’est par la même chose que d’être samplé par un des Daft Punk tu vois. Et personne n’a repris Cerrone .

SI : Donc la qualité d’un morceau se mesure selon toi au nombre d’artistes qui l’ont repris ?

Crayon : Je pense que l’héritage se mesure à ce que tu arrives à laisser hors de ton temps. Un morceau est bien tout le temps, il est bien parce que même au piano il est bien, cinquante ans après ! Les grands airs de Jazz, ils se démoderont jamais. Des morceaux qui sont bien dans leur temps, il y en a des milliards et tu peux très bien les oublier. C’est important mine de rien ce qu’ils ont laissé, autant à la musique actuelle qu’à celle du passé. Cerrone, même si ça m’a intéressé, je ne me rappelle que de trois/quatre morceaux ! Claude François, tu peux mettre un album entier de lui, et tu te diras « Ah c’est lui qui a fait ça? Ah oui! Ca aussi ? Ca aussi ? »; c’est très fort.

SI : D’accord et bien le débat était très intéressant ! Sinon… Booba ou Rohff ?

Crayon : Rohff !

NL : On aura peut être un avis différent avec Yuksek tout à l’heure ! Parce qu’on écoutait son remix de « Salade Tomate Oignon » pour Booba tout à l’heure…

Crayon : Ah mais il est pas du tout content de ça ! Il assume pas du tout ce remix !

NL : Pourtant il est génial ce remix ! 

Crayon : Oui il est marrant ! Je pense qu’il est revenu de cette période là comme moi je suis revenu du Nu-Disco puissance deux cent ! Ça date de dix ans non ?

NL : Sans doute…

Crayon : J’ai découvert Yuksek à ce moment là personnellement, sur MySpace. Je devais avoir dix sept ans, et le connaissant, ça devait déjà le soûler… Mais il en parlera mieux que moi, je vais aller pisser.

NL : Le mot de la fin ?

Crayon : Bah je vais aller pisser !!!!

SI : Eh bah Peace & Love !

Crayon : Salut les gars !

                       Interview réalisée par Côme Fradetal pour New’s Lighters et Clément Da Costa pour Start’It

Un grand merci au Label Partyfine et à l’équipe de l’IBoat sans qui cette interview n’aurait pu avoir lieu.


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