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Interview // Aquaserge

Monique a rencontré deux des membres du groupe toulousain Aquaserge durant la dernière Route du Rock été. Ils parlent origine du groupe, rock, prog, Serge Gainsbourg, Edouard Manet et concerts sous la terre.

Monique : Présentez-vous.

Julien Gasc : On est Aquaserge. On est un groupe protéiforme. On est cinq. Quand on a monté le groupe on était 8 avec des choristes, des cuivres et un mélodica. Là, on se retrouve à cinq : on a trois batteurs qui peuvent pas tous jouer avec nous. Le former batteur d’Aquaserge joue avec Tame Impala. On a une formule à cinq formée avec trois gars en plus qui font les cuivres.

Monique : La genèse de votre groupe.

Julien Gasc : En janvier 2015, ça aura 10 ans.

Monique : Comment vous êtes-vous rencontrés ?

Julien Gasc : Par des connexions de la musique underground toulousaine. Y’en a qui faisaient de la musique improvisée, d’autres plus ou moins du post-rock. Moi je faisais du jazz aussi. On a tous joué ensemble à un moment. Les trois membres originels d’Aquaserge sont Julien Barbagallo, Benjamin Glibert et moi-même. On s’est rejoint dans Hyperclean et on a tourné pendant des années avec ce groupe-là. Aquaserge est né en 2005 et les premiers concerts se sont déroulés en 2008 avec Bertrand Burgalat. On a accompagné Bertrand et on a ouvert pour lui avec notre premier album. Ca c’était notre premier concert à l’Européen, rue Biot, place de Clichy.

Monique : Avez-vous des projets musicaux différents à côté d’Aquaserge ?

Manon Glibert : Moi j’en ai pas d’autres, je suis prof de musique sinon.

Julien Gasc : Moi j’ai un projet solo. J’ai joué avec plein de groupes : Stéréolab notamment, Hyperclean, Jeff Barbara, Dorian Pimpernel (…).

Monique : C’est pas trop compliqué tout ça ?

Julien Gasc : Non.

Monique : Vous dormez parfois ?

Julien Gasc : Oui, je dors. Je prends des semaines où je reste au lit, je lis la presse.

Monique : Dans le descriptif de la Route du Rock, il est écrit que vous êtes inclassables.

Julien Gasc : Y’en a qui disent qu’on est prog, Y’a eu cette ménagerie autour des chapeaux poilus, les châteaux en Bavière, les elfes, les trolls, les gnomes tout ça.

Manon Glibert : Quand il y a quatre personnes qui composent, c’est normal que les influences se croisent et que ça soit inclassable. Y’a plein d’univers différents.

Julien Gasc : C’est à la fois un mélange de musique électronique, de musique pop, de musique jazz, de musique rock, de musique contemporaine, assez compliquée, ardue. Il n’y a pas d’étiquette mais c’est un peu pop et à la fois prog, c’est-à-dire qu’il y a une brisure entre le prog et le punk. Les punks disaient « ah! c’est quoi ces vieux papys avec des barbes qui font des solos de guitare interminables ». Il y avait une guerre entre punks et « progueux » à l’époque. Même à New-York c’était très fort. Le groupe comme Blondie écoutait du prog en fait : ils étaient fans de Yes, de Crimson. Ils se sont complètement désenclavés. Et chez nous il y a vraiment ce truc-là où on rejoint le punk, le prog, l’énergie punk, l’énergie pop, jazz, contemporaine, musique pour band.

Monique : Est-ce que vous êtes d’accord sur le fait que vous êtes inclassables ?

Julien Gasc : Non moi je dirais que c’est à la fois de la pop et un mélange de musique progressive.

Manon Glibert : Faut pas mettre une étiquette mais de là à dire inclassables … Je pense qu’il y a plein d’univers qui font penser à des musiques existantes. C’est pas forcément inclassable. C’est difficile de mettre des étiquettes.

Monique : Votre EP s’appelle « Tout arrive ». Vous est-il arrivé quelque chose dont vous ne vous y attendiez pas ?

Julien Gasc : « Tout arrive » est parti sur des démos qui étaient pour Laetitia Sadier. On a travaillé : Benji avec Audrey et après en groupe. A la base, on a fait des propositions de chansons pour Barbara Carlotti et Laetitia Sadier. Elles n’ont pas voulu les trucs du coup on a utilisé « Tout arrive ». On avait des bases, on avait fait quelques démos. C’est de la musique pour les autres, un peu plus pop. Il nous est rien arrivé de grave (rires). Demain matin je sais pas ce que je vais pouvoir composer.

Manon Glibert : Tout peut arriver.

Julien Gasc : « Tout arrive », Edouard Manet mettait ça en en-tête de ses lettres. Il mettait ça comme un blason. Tout peut arriver tout le temps, tous les jours.

Monique : Une chanson s’appelle « La ligue anti jazz-rock ». Quel groupe serait jazz-rock selon vous ?

Julien Gasc (à Manon Glibert) : Qu’est-ce que tu dirais ? Il y a Triangle, il y a Magma. Il y avait Gong, ils ont longtemps vécu en France. Weather Report, plein de super trucs. Il faut pas tout écouter mais il y a vraiment des perles dans tout ça. Dans le jazz fusion il y a Larry Coryell. C’est un mec aussi doué qu’Hendrix mais sous-estimé, qu’on connaît pas vraiment. Tout est bon partout. Il faut trouver les disques.

Monique : Dans vos influences on a beaucoup cité Gainsbourg. Le nom d’Aquaserge est-il tiré de son prénom ?

Julien Gasc : A la base, oui. Mais quand le groupe a fait le premier disque, c’est devenu quelque chose d’autre, je pense.

Manon Glibert : Le troisième album, c’est un album-concept, un peu comme celui de Serge Gainsbourg.

Julien Gasc : Lequel ? Ce très cher Serge ? Oui un album sur la dyslexie, sur les origines du premier album. Le troisième album, ce sont les origines comme celles des super héros vous voyez. On a crée toute une mythologie qu’on a cassé au quatrième disque pour l’amitié. Aquaserge c’était un concept-album qu’on devait faire avec Hyperclean à l’époque. On a pris une semaine de travail avec Julien et Benjamin à côté de Lourdes. On a fait cette proposition de disque, on l’a fait très rapidement : une chanson par jour. Ca n’a pas convenu à Hyperclean. Du coup on a fait les voix qu’on a rajouté nous-mêmes et on a écrit un livret. Le groupe est né de cette idée mais a été recyclé. Aquaserge est une vue très lointaine de la terre qui se transforme en eau. Il n’y a que de l’eau sur terre. Il y a une forme de vie sous-marine et il y a toute une histoire autour de ça. Mais à la base c’était pas ça. C’était le concept-album pour Hyperclean. Le concept-album pour Aquaserge c’était le groupe Hyperclean dans un van à Nantes et l’eau monte, monte, monte et l’autoroute se transforme en sous-marin, une tête de Serge Gainsbourg, qui va sauver les intermittents du disque au fond de la mer. Nous on a recyclé ce truc-là en un truc plus romantique, on peut dire ça.

Monique : Une critique sur votre travail.

Julien Gasc : Faire mieux. Toujours mieux. Je me dis ça tout le temps. Quand je fais mon disque, je me dis « il faut que je continue ». (…) Il y a des trucs qu’on laisse et d’autres qu’on ne laisse pas passer. Avec Benjamin, on se concentre les uns et les autres sur des trucs. Les autres ne vont pas vraiment tiquer sur des trucs, sur ce que l’autre est en train de faire ou de mixer. C’est une forme de diplomatie. On peut être dans la composition et la production – je m’éloigne un peu – c’est un groupe vraiment communautaire sans leadership. Dans les groupes prog il y avait Emerson, Peter Gabriel dans Genesis, il y avait tous ces mecs-là. Il y a cinq charismes dans notre groupe. Chacun est vraiment un univers. On tourne les uns autour des autres. Tout se fait comme ça, en amenant des idées, des compositions, des suggestions, des poèmes et des notes.

Monique : Quel groupe aimeriez-vous reprendre ?

Julien Gasc : Moi peut-être Baxter Dury. Une chanson que j’aime beaucoup c’est « Arthur Brown » ou un truc comme ça. Il a repris les mêmes accords qu’un des morceaux du Velvet mais la mélodie est ailleurs – il y a des « mélotrans » – c’est hyper beau. J’aime bien Baxter Dury. Son premier disque est super. The Fat White Family aussi, qui sont impossibles à copier. Comme nous un peu. Copier l’incopiable, c’est intéressant, non ?

Monique : Un lieu idéal dans lequel vous aimeriez jouer ?

Julien Gasc : J’ai entendu parler de concerts sous la terre. C’est une espèce de station sous la mer. Ils ont creusé une salle de concert là. Je sais pas, jouer sous l’eau par exemple, jouer sur la lune. Des trucs impossibles – non c’est tout à fait possible. En Russie, il y a des promoteurs qui paient des groupes pour jouer sous la terre. Je crois que c’est plus musique classique et contemporaine mais pourquoi pas le rock, de la musique amplifiée. Sous la mer, il faut prendre un ascenseur qui descend à je ne sais pas combien de pieds sous terre sous l’eau.

Interview par Alice Merer et Valentin Chollet.
Retranscription par Nelly Le Sager Hassoun.


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