La rubrique de Moniqueretour

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Interview // Saintes

Saintes est le projet musical solo d’Anne-Sophie Le Creurer. De sa boîte à rythmes et de sa collaboration avec Guillaume Derrien du label des Disques Anonymes est née une cassette. Rencontre avec une artiste à l’univers lo-fi pastel et fan de D.I.Y.

Monique : Explique-nous ton nom de scène et ton projet musical.

Anne-Sophie Le Creurer : Ça a commencé en 2012. Je faisais partie d’un groupe qui s’arrêtait. J’étais à Paris à l’époque. J’ai commencé à faire des morceaux comme ça, en me disant que ça allait servir pour un prochain groupe. Finalement un pote m’a dit « tu devrais mettre ça sur Soundcloud » et je me suis dit pourquoi pas, et Saintes aussi ça sonne bien, pourquoi pas. C’était rigolo : il y avait la ville Saintes, la connotation avec le black métal et le côté religieux. Je me suis amusée à dessiner un logo. C’était assez simple en fait. Quand j’ai commencé le projet, j’ai fait des maquettes. J’étais chez moi, j’ai pris un Casio que j’avais depuis que j’étais petite – un MA120 – j’ai pris les boîtes à rythmes, je les ai transférées dans mon ordi. J’ai pris un micro que j’avais, j’ai mis ça sur mon ampli, j’ai commencé à enregistrer des synthés, de la voix avec beaucoup de réverb’. Je bricolais beaucoup sur Audacity. J’ai commencé à mettre ça en ligne. Ça a commencé assez simplement. Au début, il n’y avait pas forcément d’ambition de faire des concerts.

Monique : Comment s’est passée ta rencontre avec Guillaume Derrien, fondateur du label des Disques Anonymes ?

Anne-Sophie Le Creurer : En 2012 j’avais déjà sorti un LP-cassette sur un label américain qui s’appelle Crash Symbols. J’avais mis des petits projets en ligne et Guillaume m’a contacté. Mon premier concert je l’avais fait à Rennes, c’était un de mes potes qui m’avait invité à jouer. Guillaume était là, il était venu avec David Moreau des Disques Anonymes. Ils ont bien aimé. Pas l’été suivant mais l’été d’après ils m’ont proposé de jouer au festival Visions à Morlaix, qu’ils organisent. On a bien rigolé pendant le festival, c’était chouette. Je voulais sortir un EP – j’en avais pas sorti depuis un an – pour 2015 et comme je partais en tournée, je me suis dit : « bon à qui je vais pouvoir l’envoyer ? ». Je me suis dit : « tiens je vais l’envoyer à Guillaume ». Il m’a dit « OK, on va mettre Maxime Roy sur le coup pour la pochette ». En même pas une heure c’était calé sur Facebook, trois ou quatre échanges mails. Je suis contente car c’est un label que j’aime bien. Ils ont sorti d’autres projets que j’aime bien comme HØRD qui est bordelais. J’aime bien aussi France.

Monique : Pourquoi as-tu choisi d’adapter le poème « The Raven » d’Edgar Allan Poe ?

Anne-Sophie Le Creurer : Mon père aimait bien Poe. Il lisait plein de bouquins et il me racontait, ça m’intriguait. J’aimais bien ce poème, je trouvais qu’il avait une très belle musicalité. J’ai commencé à trouver des lignes de synthé. Mon premier EP, je l’avais fait sur Sylvia Plath. J’aime beaucoup la poésie. Parfois il y a des choses qui sont tellement bien écrites. J’ai fait des recherches et j’ai vu que the Raven avait été repris dans un horror show des Simpsons, il y a même des groupes moyennageux chelous qui ont repris ça. J’aimerais bien continuer à reprendre d’autres poèmes.

Monique : Sur Facebook, Saintes est décrit comme « pastel lo-fi ». Qu’entends-tu par ces termes ?

Anne-Sophie Le Creurer : Les pastels goth. Sur Tumblr, j’adorais aller chercher ça. J’aime bien les trucs romantiques, gothiques. Pourtant j’étais pas gothique quand j’étais ado. C’est dur à expliquer. Depuis que je suis petite, ma grand-mère m’emmenait toujours dans les cimetières. En Bretagne il y a une culture de la mort hyper présente avec des contes et légendes qui foutent les boules. Je viens des Côtes d’Armor et à coté de chez moi, il y avait un château qui s’appelait Coat-An-Noz. C’est à Belle-Isle-en-Terre et c’est hyper beau. Ma mère nous a fait lire très tôt les soeurs Brontë aussi. C’est peut-être plus un truc littéraire au départ et puis après j’aimais bien geeker sur Tumblr. Les trucs cul-cul avec des fleurs, les têtes de mort, c’est très girly en fait. C’est purement esthétique mais j’aime bien.

Monique : Tes influences.

Anne-Sophie Le Creurer : J’ai vachement écouté de new-wave. Je ne veux pas me revendiquer d’un truc ou d’autre chose. (…) Je trouve que ç’a des jolies sonorités, j’aime bien le sons de certains synthés, de certains trucs à la guitare. Les trucs un peu plus sombres me plaisent plus. En ce moment, j’écoute beaucoup Menace Ruin. C’est un groupe de Montréal, c’est un peu un groupe de black métal mais sans le côté des nerfs. C’est plus une sorte de black métal un peu posé, un peu chanson moyennageuse. On dirait que la nana récite des cantiques quand elle chante. J’aime bien quand c’est chanté, je me verrais pas trop gueuler dans un micro. Peut-être qu’un jour je le ferais, qui sait ! Je ne me pose pas trop de questions, je ne recherche pas trop un esthétisme particulier. Les trucs viennent tout seuls.

Monique : Pourquoi chanter en anglais quand aujourd’hui, beaucoup d’artistes reviennent au français.

Anne-Sophie Le Creurer : Le renouveau de la pop en français, j’en ai rien à branler. Les gens font des trucs pour plaire à un standard radio à cause du putain de 40% de quota radiophonique chanté en français. Tu dois chanter en français si tu veux que ton truc marche et ceci et cela. C’est pour ça que dans les années ’60 on avait des reprises de Dylan chantées par Françoise Hardy, par Marie Laforet en français. Ça a un certain charme et j’adore écouter ces machins-là. J’ai tourné avec un groupe qui chante en français qui s’appelle Casse-Gueule. Ils chantent en français mais c’est plus du Boris Vian, c’est très dadaïste. Pizza est un groupe génial, de Loire-Atlantique. C’est sorti sur un label qui s’appelle Et mon cul c’est du tofu en coproduction avec un label de crust core qui s’appelle I feel good. Ce sont des projets qui chantent en français qui me parlent. Là, Pizzza, je vais les faire jouer le 22 novembre à Nantes. Ils ne se sont pas dit « tiens on va jouer en français parce que c’est la mode de Serge Gainsbourg ». Quand les mecs de Pizza chantent – c’est un peu engagé, ils vont parler du Pôle Emploi, de trucs sociétaux en résumé – ils font ça avec leur humour, leur ironie sans se poser de question. Ils font.

Monique : Les groupes sont de plus en plus calibrés.

Anne-Sophie Le Creurer : Oui, par exemple, moi je suis pas déclarée SACEM parce que j’en ai rien à faire. Les gens veulent tous faire de la synchro et ils se calibrent par rapportaux gros médias – dont on ne citera pas les noms mais dont tout le monde connaît – et aux tremplins rock. Ça fait quinze ans que je fais des concerts et que je vois ça (…). Ça manque de D.I.Y. Quand j’avais 19 ans j’allais au Mondo Bizarro voir des concerts. C’est là que j’ai découvert le D.I.Y. : tu sors, tu te débrouilles, tu découvres des trucs, tu prends ton réseau, t’appelles tes copains et puis tu fais ta tournée. C’est assez simple. Récemment, je me suis trouvée à expliquer aux gens ce qu’était le D.I.Y. parce qu’ils ne comprenaient pas. On parlait de la sortie cassette, Guillaume était tout seul avec son duplicateur, Maxime les sérigraphie, on s’envoie des mails. On envoie des mails aux copains pour faire un peu de promo. C’est système de « réseautage ». Quand je vois tous ces groupes qui veulent gagner des concours pour être sponsorisés par des marques. Ils ont des avances de 18.000 euros – sachant qu’ils ne vendront pas leurs albums – mais c’est pour ne pas sortir de trucs parce que comme ils sont déclarés SACEM, ils devront 18.000 euros. (…) C’est une chance d’être D.I.Y., t’as beaucoup de boulot, tu t’organises tout seul. Tu crées des contacts, tu rencontres plein de gens, tu te fais des potes.



Clip the Raven sorti 10 novembre 2014.

Monique : Tes coups de coeurs musicaux.

Anne-Sophie Le Creurer : J’ai tourné avec les filles de Mary Bell. Ce sont des filles très cool. Musicalement, c’est génial c’est heavy punk. J’ai tourné avec Casse-Gueule un petit peu. J’aime beaucoup la scène d’Amiens. Récemment j’ai écouté Solitude. C’est du death métal. Jeunesse Cosmique, c’est un collectif canadien, ils sont de Montréal, Téléphone Maison aussi. Ils font de la musique expérimentale. Jeunesse Cosmique est un collectif qui regroupe plein de gens, j’en fais partie, le mec qui fait Bermudaa aussi. Tout le monde propose des morceaux. Ils sortent trois ou quatre compilations par an et des projets très bidouillés. Après il y a le Aïnu Fest, au Zinor à Montaigu qui est très bien. C’est tout le temps en septembre. T’as des trucs de punk, noise hardcore, crust …

Monique : Si tu avais l’occasion de revivre un moment de ta vie, quel serait-il ?

Anne-Sophie Le Creurer : Avec ma meilleure amie Marion, on s’est fait notre premier concert. On avait 19-20 ans. On était complètement saoules et on avait été à l’Antipode à Rennes voir un groupe de merde qui s’appelle Dead Sixties. On avait quasiment rien vu du concert parce qu’on était complètement à la bourre. Je crois que c’est cette époque de mes débuts à Rennes que j’aimerais revivre : on rencontrait plein de gens, on traînait et on était bien débiles, on faisait plein de conneries.

Monique : Un rituel avant d’aller dormir.

Anne-Sophie Le Creurer : Je crois que j’en ai pas. Je fais tous les trucs normaux, comme tout le monde. Ah si! Je suis une grosse parano et je vais toujours vérifier si la porte d’entrée est fermée parce que j’ai un TOC avec les portes.

Monique : Un pêché mignon inavouable.

Anne-Sophie Le Creurer : Je suis pas très secrète. Ça serait plus un truc de musique. Quand je suis hyper déprimée, j’écoute de la veille pop des années sixties. Mais ce n’est pas vraiment un truc honteux. Même des trucs qui débordent des sixties, genre du Michel Berger. Ça c’est la honte, ça c’est bien la honte. Genre écouter « Ma déclaration » de France Gall.

Monique : Dernier mot.

Anne-Sophie Le Creurer : Je sais pas (rires).

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Saintes durant sa tournée, à Dijon.


3 commentaires sur “Interview // Saintes

  1. ani le 12/11/2014 à 14:21

    Si l’on en croit cet article, Saintes n’est l’auteure ni des textes de son EP, ni du visuel, ni de son dernier clip. C’est donc ça le « DIY » qu’elle défend avec tant d’ardeur?
    Quant aux tremplins musicaux, il me semble que l’on peut classer les Inrocks Lab parmi ceux-ci…
    Que de contradictions!

  2. oko le 12/11/2014 à 19:17

    c’est quoi le DIY?

    • nellylesagerhassoun le 12/11/2014 à 19:35

      Do it yourself (DIY) est une appellation, dont une traduction littérale en français serait « Faites-le vous-même », « Faites-le par vous-même », « Fais-le toi-même » ou encore « fait maison », ou « fait à la main » au Canada, qui désigne à la fois :

      certains musiciens ou mouvements culturels ;
      des activités visant à créer des objets de la vie courante, des objets technologiques ou des objets artistiques, généralement de façon artisanale.

      source : Wikipédia.


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